DRAMEDY/SERIES AMERICAINES

The Big C | Cathy ou la difficulté de trouver un sens à la vie

the big c cathy

Cathy Jamison, héroïne de la série The Big C diffusée sur Showtime de 2010 à 2013.

Cathy n’en a plus pour très longtemps. Le coupable: un cancer, « The Big C » ou le « Grand C » comme on l’appelle sans le nommer. Bien qu’elle porte ce nom, la série The Big C traite moins de la maladie que de la vie quand on a conscience de la mort, de sa propre mort. Le cancer n’est ici qu’un prétexte à une réflexion philosophique qui ne demande qu’à éclore dans l’esprit du téléspectateur: nous sommes tous mortels, en sursis, et il nous appartient de donner un sens à notre existence, mais lequel? En quatre saisons, la série a développé cette thématique de manière réaliste tout en ajoutant un côté spirituel, ce que nous allons voir à travers l’évolution du personnage de Cathy.


Se sentir vivante

Mère de famille et enseignante d’une petite quarantaine d’années, Cathy apprend qu’elle est atteinte d’un cancer de stade 4 lui laissant tout au plus un an à vivre. La prise de conscience de cette réalité sème le chaos. Si le cancer est incurable, alors que faire du temps qu’il reste? Sans vraiment s’en rendre compte, Cathy va chambouler son quotidien jusque-là banal au possible.

Vis à vis de ses proches, son comportement va radicalement changer. Elle va arrêter de faire semblant et mettre son mari à la porte alors que d’un autre côté, elle va fournir les efforts nécessaires pour se rapprocher de son frère SDF puis de son père.

Dans le cadre de son travail de professeur en lycée, Cathy va arrêter de suivre les programmes académiques pour mieux enseigner à ses élèves ce qui lui semble essentiel. Quand elle ne revisite pas l’histoire avec ses méthodes personnelles, ses cours deviennent des leçons pratiques comme par exemple sur l’art de bien déclarer ses impôts.

Mise au pied du mur par l’échéance d’une mort prochaine, Cathy se remet à fumer, fait creuser une piscine, vit une aventure extra-conjugale… Autant de choses qu’elles s’interdisait, voire même qu’elle n’osait imaginer. Parce qu’elle n’a plus rien à perdre, elle se met en danger, prend des risques, se fait plaisir. Mais elle prépare aussi son départ, pour son fils, et pour elle. Avant tout le monde, elle fait le deuil de sa propre existence, de tout ce qu’elle ne verra pas, en proie à la nostalgie et à la culpabilité de souvenirs dont elle ne fera pas partie.

En essayant de quitter cette Terre sans regrets et en tentant de mettre à profit la vie qui lui reste, Cathy ne cherche jamais à trouver une justification à ce qui lui arrive. Très peu pour elle les discours faisant du cancer une deuxième chance tel que « cancer is the passport to the life you were meant to live » (épisode 1×3). Cathy fait juste de son mieux pour se sentir vivante tant qu’elle le peut, jusqu’à ce que finalement elle obtienne l’opportunité de considérer cette seconde chance.

Trouver le bonheur

Quand le traitement alternatif de Cathy réussit et lui fait croire à la guérison, cette bonne nouvelle va être le point de départ d’une remise en question profonde de sa vie. Elle qui ne vivait qu’au présent doit maintenant envisager le futur comme n’importe qui. Cette perspective l’effraie, en fait elle n’a aucune idée de ce qui la rendrait heureuse. Les phases de remaniement de sa vie pendant son cancer étaient passagères, vues pour elle comme sans conséquences. Soudain, il faut qu’elle donne un sens à son existence alors qu’elle a depuis bien longtemps abandonné ses rêves.

En l’état, sa vie n’a plus de sens à ses yeux, elle est forcée de constater qu’elle ne s’y reconnait plus et cela la plonge dans une spirale négative encore plus chaotique qu’à l’annonce de son cancer. A quoi se raccrocher maintenant que le temps devant soi est long? Elle cherche la réponse: « I need direction, I want to be a different person » dit-elle (épisode 3×3) et la seule qui lui vient à l’esprit, c’est de redevenir mère. Elle se met en tête d’adopter un bébé, faisant de cette idée un but qui va la porter et lui donner une raison de se lever le matin. C’est sa manière à elle de remplir le vide laissé par le cancer, comme lui suggérait de faire Shawn (3×4 « You need to fill your cancer hole« ).

La réaction de Cathy à sa rémission va s’opposer à celle de son mari Paul qui survit à un arrêt cardiaque. Il renait! Enthousiaste, joyeux, il embrasse la vie comme jamais. Il se met à bloguer, trouve le succès virtuel puis en donnant des conférences en tant que motivational speaking. Pour la première fois, il se sent considéré, il se sent exister. Son arrêt cardiaque a été le premier élément d’une suite d’événements heureux qui a conduit Paul à se réinventer professionnellement pour devenir un homme épanoui.

Jusqu’au bout de la série, Cathy se questionnera sur la difficulté de trouver ce qui fait le bonheur dans la vie. Avec le recul, c’était pour elle ses années étudiantes puis la maternité, jamais vraiment le mariage ni le travail. Elle ne divorcera pas de son mari dont elle saura apprécier l’amour et le soutien mais elle quittera sans regrets son job d’enseignante dans lequel elle avouera tardivement ne s’être jamais épanouie.

Si la maladie rattrape Cathy avant qu’elle achève sa quête de sens, on reconnaitra en elle son éternelle envie de mettre du piment dans sa vie mais aussi à couvert sa volonté d’en changer radicalement, d’être quelqu’un d’autre. Quand elle prend la nouvelle habitude de se rendre dans un bar avec une autre identité, elle se rêve hôtesse de l’air, veuve, libre mais toujours mère. Dans sa dernière rêverie, elle se voit tout plaquer et partir en bateau avec un homme qu’elle vient à peine de rencontrer vers Esperanza, la ville portoricaine qui porte en elle tous les espoirs. L’envie jamais assouvie de Cathy de recommencer à zéro, c’est finalement dans la mort et son espoir de renaissance que la série nous le suggère, non sans un pincement au cœur pour le téléspectateur.


Pendant 4 saisons, The Big C a composé avec l’idée que la mort peut avoir un effet révélateur sur la manière de vivre. Ne cessant de nous rappeler que celle-ci peut frapper à tout instant n’importe qui, la série est une ôde à la vie subtile et poétique. Nous l’avons vu avec Cathy, nous en avons eu un aperçu avec Paul mais dans la série n’oublions pas Sean et ses vœux de pauvreté, Adam et son rapprochement de la religion, Andrea et la recherche de ses racines qui démontrent tous la nécessité de l’Homme à se mettre en quête de ce fameux sens de la vie.

Crédit images: Showtime.
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