DRAMEDY/SERIES AMERICAINES

Orange is the New Black: une saison 3 plus réaliste que jamais

La série Orange is the New Black (OITNB) est l’adaptation du récit autobiographique de l’année de prison de Piper Kerman. Si les 2 premières saisons du show de Netflix s’inspiraient de l’expérience de la vraie Piper, une trentenaire rattrapée par son passé alors qu’elle est fiancée et a rangé sa vie, les scénaristes avaient largement pris des libertés par rapport à ses mémoires afin de créer un fil conducteur dramatico-romantique. Dans la saison 3, plus rien ne correspond au vécu de Piper Kerman et pourtant l’essence même de son récit et de son combat ressort, donnant à cette saison une résonance particulière…


Personne n’est à l’abri d’un faux pas

A l’image de ce qui arrive à Piper, une erreur commise dans sa jeunesse peut se payer cher. Quelque soit l’éducation reçue et le milieu auquel on appartient, il suffit d’une tentation pour flirter avec l’illégalité et d’une opportunité pour s’engouffrer dans la brèche. La saison 3 le prouve à travers les activités illégales menées par Nichols puis Piper. Toutes deux vont facilement convaincre des surveillants pénitentiaires de participer à des trafics, des hommes lambda qui ne diront pas non à l’appât du gain et à un peu d’adrénaline. Piper entraînera même son frère dans son business, qui entraînera sa femme, qui sera prête à doubler Piper. OITNB ne cherche pas à juger mais à décrire l’engrenage qui conduit quelqu’un sur la mauvaise pente. L’image qu’ont peut avoir du criminel ou du délinquant peut ainsi changer.

C’est le but même des flash blacks qui jalonnent la série depuis la première saison. Grâce à eux on arrive à comprendre par quel concours de circonstances ces femmes ont atterri en prison. En se penchant cette saison plus longuement sur le passé de son panel de personnages, OITNB est arrivé à humaniser les prisonnières de Litchfield. Celles qui pouvaient ressembler à des caricatures ont pris du corps. On trouve maintenant des explications à leurs traits de caractère et à leurs comportements. Pennsatucky passe ainsi de chrétienne folle-dingue homophobe et antipathique (saison 1) à jeune femme fragile qui n’a jamais appris à respecter et à faire respecter son corps. Le passé Amish de Leanne -la « meth head » blonde- donne du sens à son besoin d’appartenance communautaire et d’adoration. Dans tous les cas on ressent une certaine empathie envers ces femmes. Elles ne sont pas des monstres, elles sont humaines.

Au-delà de ça, OITNB n’a pas hésité à lancer de vrais débats cette saison. Y-a-t-il un terreau à criminalité? L’amour et la richesse mettent-elles à l’abri? Si c’est le cas, pourquoi les frères de Pornstache ont bien tournés et pas lui? Avec la question de l’adoption du bébé de Daya mais aussi l’évocation des avortements de Pennsatucky dont résulte le discours socio-économique de Big Boo, OITNB invite à une conversation intelligente dans les foyers.

Survivre à l’incarcération

taystee saison 3 oitnb citation

Tu n’y arrives pas pas seule

Au quotidien, il y a la contrebande et le regroupement en bandes ethniques. OITNB s’en est servi dans de nombreuses intrigues et l’arrivée de Vee à la saison 2 n’a fait qu’accentuer une vision attendue et clichée de la prison. Cette saison, la série s’est montrée plus subtile en mettant l’accent comme jamais sur le désespoir qui frappe les prisonnières de Litchfield. Privées de liberté, elle se retrouvent impuissantes: comment suivre l’éducation de ses enfants? Comment faire face à l’absence de ses proches? Comment croire encore à l’avenir? Qu’est-ce qui vous fait avancer?

La vie en prison est difficile et la saison 3 le montre bien. Le besoin d’amour et de connexion humaine est énorme. Morello cherche désespéramment un mari. Poussey boit pour oublier sa misérable existence. Soso fait une tentative de suicide tellement elle se sent seule, incomprise et rejetée. Le succès des cours de théâtre et de la fiction porno de Suzanne prouve que les détenues ont besoin de s’exprimer et de s’évader par l’esprit. Enfin, la question de la foi et de la religion développée tout au long de la seconde moitié de la saison 3 révèle la nécessité des prisonnières à se regrouper autour d’une croyance commune qui leur apporte sérénité et bien-être.

soso poussey lac oitnb saison3

Poussey et Soso se rapprochent tandis que d’autres font la paix dans la scène finale de la saison 3.

Malgré les conflits inévitables entre bandes ou individus, la saison 3 évolue vers ce que Piper Kerman a si bien décrit dans ses mémoires: la solidarité entre femmes comme facteur de survie en prison. La scène finale de rassemblement autour du lac en est tout un symbole.

MCC et la privatisation des prisons aux États-Unis

La première moitié de la saison 3 s’est passée calmement et les scènes de vie quotidienne sans heurts, plus légères et drôles que d’accoutumée nous donnait le sentiment d’une proximité inédite avec les personnages. Mais ça n’a pas duré! La routine de Litchfield a soudain été bousculée en devenant une prison privatisée.

Avec MCC aux commandes, les méchants gardiens écervelés des saisons passées sortent eux aussi de la caricature. Caputo en tête fait figure de bon samaritain au secours d’une prison en déperdition. Il a les idées mais se bât contre la machine MCC sourde et aveugle à la réalité du terrain et plus manipulatrice que Piper. Ne cherchant pas le bien public, MCC élude les problématiques de réinsertion, bâcle la formation des surveillants, commet des erreurs à la chaîne… OITNB ici dénonce et souhaite attirer l’attention sur les dérives du système justicière (capitaliste) américain et le besoin de réforme.

Des prisonnières payées 1$ de l’heure pour coudre des sous-vêtements vendus 70$, c’est le genre de pratique usitée aux États-Unis comme en France d’ailleurs. Maintenant vous le savez. Comme on a pu le voir cette saison à travers les transformations de Litchfield, il y a en fait tout un tas d’entités privées extérieures qui entrent dans le fonctionnement pénitentiaire, du fournisseur de repas au prestataire de soins médicaux. Litchfield doit devenir une prison qui génère du profit, une situation similaire à la réalité de bon nombre de prisons américaines. Interrogée à ce sujet sur Twitter, Piper Kerman dénonce ces compagnies partenaires, des « profiteurs » qui influencent la politique du pays. En voulant creuser le sujet, j’ai trouvé cette vidéo mettant en lumière certaines pratiques que nous verront peut-être illustrées dans OITNB la saison prochaine.


Le challenge de la série était grand pour la saison 3: s’affranchir complètement des mémoires dont elle est l’adaptation et assumer de devenir une pure œuvre de fiction. Pour cela, il y avait un autre challenge: être créatif, original, ne pas reproduire les mêmes tensions que les saisons précédentes. En s’inspirant d’une manière plus générale des problématiques contemporaines de la prison, Orange is the New Black a pu surprendre mais a su faire passer plus d’un message au grand public. Le but qu’avait Piper Kerman en publiant ses mémoires.

Qu’avez-vous pensé de la saison 3 de OITNB?

Crédit images: Netflix via Twitter, via.

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2 réflexions sur “Orange is the New Black: une saison 3 plus réaliste que jamais

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