DRAMEDY/SERIES AMERICAINES

OITNB, saison 4: du rire aux larmes

oitnb saison 4

Attention, spoilers sur la saison 4! 

La vie est injuste et si jamais on comprend où elle va, ce n’est qu’avec un peu de recul.

Ainsi, la saison 4 d’Orange is the New Black (OITNB) prend tout son sens quand on arrive au bout. Et là, c’est la claque.

Tout commence plutôt bien. On reprend le cours de l’histoire là où on l’avait laissé la saison dernière. Alex Vause -on s’en doutait- est sauvée et l’alliance Alex, Lolly, Frieda, Red qui en découle est assez drôle et dédramatise complètement la situation pourtant morbide du cadavre encombrant.

Il faut passer les 5 premiers épisodes pour entrer réellement dans le vif du sujet de la saison 4. Une fois la page du trafic de petites culottes sales tournée -et il était temps!- OITNB entre dans une autre dimension, très dark, poignante, touchante, révoltante, entre autre grâce aux destins de Lolly, Suzanne et Poussey mis en lumière.

Après quelques frayeurs scénaristiques dûes au débordement « White Lives Matter » (fin de l’épisode 5) qui faisait craindre une récupération de l’actualité américaine pour venir simplement nourrir une énième guerre des gangs stéréotypée entre des blancs racistes et néonazis et les autres, on est rassuré de voir que la série est allée bien au-delà de ces simplicités.

Cette saison 4 résonne, et c’est pourquoi elle surpasse toutes les autres. Elle se fait le triste écho de vérités sur le système carcéral US. Là, rien de nouveau pour la série, on est dans la continuité de la saison 3. Le plus, véritablement, réside dans les clins d’œil subtils à une société malade qui vend des fusils à pompe dans les supermarchés (« Orange juice, toothpaste, AR-15 assault rifle. Looks good. Thank you, have a nice day! » Suzanne, épisode 11, vérifiant le caddie d’un client). Ce sont les clins d’œil aux meurtres de noirs américains par des représentants de l’ordre blancs. La mort de Poussey, c’est en quelque sorte l’affaire Michael Brown et tant d’autres revisitées! La mort injuste et injustifiée d’une personne sans armes, qui restera impunie et qui conduira à des émeutes. Orange pointe du doigt la manipulation, la vérité transformée selon les intérêts de chacun, comment MCC cherche à vendre une histoire et un coupable aux médias, et on ne peut s’empêcher de penser au portrait fait de Trayvon Martin, ado tranquille ou voyou en puissance, une image facilement interchangeable. La vérité est ailleurs et elle est toujours plus complexe.

Qui est coupable de quoi? Jusqu’où et jusqu’à qui doit-on remonter pour trouver ceux qui sont à blâmer dans la mort de Poussey?

Là vous pourrez tourner toute la saison des heures dans votre tête: la surpopulation de Litchfield, Piscatella et son armée, Piper qui se mêle de tout et va trop loin, Crazy Eyes, Piscatella et son protégé Humps… indirectement tout est lié à la fin tragique de Poussey, et c’est pour cette raison que cette saison a réussi là où elle avait précédemment échoué: en liant et croisant les destins à grande échelle, et de ce fait, en donnant une cohérence et une direction que les évènements à Litchfield n’avaient encore jamais pris.

L’humain est au cœur de la saison, dans toutes ses nuances de gris, et finalement on est amené à comprendre que Baylay est autant une victime que Poussey. La frontière entre le bon et le méchant est dure à tracer. En tant que téléspectateur, notre point de vue évolue au fur et à mesure qu’on en apprend sur les personnages, on fur et à mesure qu’on les comprend. On se prend maintenant de compassion pour Healy alors qu’on ne voyait en lui qu’un loser lesbophobe il n’y a pas si longtemps. Charlie le garde violeur de Pennsatucky est contre toute attente un repenti qui a du cœur. De la même façon, pour Caputo on est le cul entre deux chaises, comme lui. On voit bien qu’il lutte avec les moyens du bord, un coup avec, un coup contre MCC, un coup pour la cause des détenues, un coup pour la cause des gardiens… Il n’est finalement qu’une girouette guidée par ses émotions. Son speech devant les caméras aurait pu tourner de mille façons. Parce que Baylay allait se faire démonter et passer pour le monstre qu’il n’est pas, il l’a protégé et en le protégeant, il a été maladroit. Je suis persuadée que si son discours consistait à descendre Poussey en flêche, il ne l’aurait pas fait et aurait protégé son intégrité avec autant de ferveur. Il est juste le cul entre deux chaises et ça ne peut pas marcher.

La vie tient à peu de choses, la vie prend des tournures inattendues. L’Homme est capable du pire. Faire du mal ne fait pas de quelqu’un un monstre et faire du bien ne fait de personne un ange. L’homme est complexe. La société est ce qu’elle est, mère et nourricière de tous les maux. Voilà comment on pourrait résumer Orange is the New Black.

Cette excellente saison, on la doit aussi au retour de Nicky. Elle a repris son rôle de liant entre les personnages, et avec sa personnalité, cela donne de très bonnes scènes, toujours très pertinentes et marquantes.  Son retour fait un bien fou!

Mention spéciale pour l’arrivée d’Abdulah, la diversité qui a « challengé » Cindy, et la storyline de la photo avec Judy King qui a donné lieu a tellement de scènes de groupe hilarantes! Le trio Suzanne, Cindy, Taystee est vraiment fort. Quels personnages incarnés! On ne se lasse pas d’elles: drôles, touchantes, elles portent haut la saison.

Enfin, Judy King et Luztchek égaillent à merveille cette saison. Un peu de légèreté en fil rouge pour contrebalancer le reste, c’était parfait.

Il ne nous reste plus qu’à attendre patiemment la saison 5.

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3 réflexions sur “OITNB, saison 4: du rire aux larmes

  1. J’avais été déçue par la saison 3 l’année dernière, je n’attendais donc pas grand chose de cette saison 4 au départ. Mais quelle claque !!! Au fil des épisodes les intrigues prennent de l’ampleur, et les émotions sont fortes dans les derniers épisodes. Chapeau OITNB, c’était une très bonne saison 4 ! Une année à attendre désormais, c’est long en effet !

    PS : très bonne critique Laurie !

    Aimé par 2 people

  2. Wow, quelle magnifique analyse! Ta facon d’écrire est juste.. Tellement agréable! Je ne suis qu’a la saison 2, tu me donne tellement envie de continuer.

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